Une jeune handicapée mentale enceinte contrainte de perdre son enfantUn avortement annoncé divise l'Italie | |
Source : Edition du 15/12/99 - © Rossel & Cie SA - LE SOIR Bruxelles
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ROME Correspondance particulière L'histoire de Laura (un prénom d'emprunt), une petite Sicilienne de treize ans, retardée mentale, enceinte, qui devra probablement avorter parce que son tuteur juge que c'est la meilleure solution, divise l'Italie. L'avortement, légalisé en 1978, n'avait plus suscité d'aussi vives polémiques depuis l'échec du référendum de 1981 qui, au lieu d'abroger la loi comme l'auraient souhaité ses organisateurs, membres du «Mouvement pour la vie», l'avait encore renforcée. La décision du tuteur de Laura, le docteur Ignazio Ruffino, 41 ans, père de deux enfants, qui est aussi le médecin de la jeune fille, a déclenché les foudres de l'«Osservatore Romano», le quotidien du Vatican. Un journal qui n'hésite à parler de retour, après cinquante ans, des horreurs du racisme nazi. D'autres prises de position passionnées ont suivi. Dans les milieux politiques, dans les associations catholiques, chez les hommes d'Eglise. L'archevêque de Noto, la ville sicilienne proche du village où Laura habitait avec sa mère et sa grand-mère - toutes deux psychiquement «instables» -, s'oppose à cette décision et demande au tribunal des mineurs d'intervenir. Laura se trouve dans un centre d'accueil catholique dont les responsables se disent prêts à s'occuper d'elle et du bébé, y compris financièrement, et affirment que Laura veut garder l'enfant. L'autre jour, lorsque des infirmiers sont venus la chercher pour l'emmener à l'hôpital, elle était «sortie se promener». Le docteur Ruffino n'a pas voulu insister pour ne pas traumatiser sa patiente. Mais si on continue à faire sortir Laura pour de providentielles promenades, la limite des trois mois de grossesse au-delà desquels seuls certains avortements thérapeutiques sont permis sera dépassée. Le tribunal des mineurs de Catane a annoncé mardi qu'il n'était pas compétent et que la seule personne qui puisse décider est le tuteur nommé par le juge pour les mineurs. C'est-à-dire le docteur Ruffino d'autant plus agressé qu'auparavant Laura avait un autre tuteur qui, lui, s'opposait à l'avortement. | |
UN MOINDRE MAL?Accusé d'être un «abortista» (un partisan inconditionnel de l'avortement), le docteur Ruffino repousse toutes les critiques et explique qu'il a choisi cette solution - à laquelle est également favorable la mère de Laura - comme étant le «moindre mal». Selon lui, Laura aurait la mentalité d'une petite fille de six ans qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive et dont l'équilibre psychique déjà précaire pourrait être définitivement compromis par la naissance d'un enfant. Selon le médecin, il s'agirait d'un cas où l'avortement devrait être permis même s'il n'avait pas été légal. L'ex-ministre de la Famille, Antonio Guidi, lui-même handicapé moteur, est touché par l'histoire de Laura et accuse le docteur Ruffino d'avoir opté pour l'avortement afin de se débarrasser du problème. Il demande qu'une enquête soit faite sur les véritables conditions de la jeune fille. Le cas de Laura rappelle une autre histoire tragique d'une autre handicapée mentale sicilienne, Rosaria. Enceinte quatre fois, suite à des viols, elle a donné naissance à quatre bébés qui ont été, chaque fois, adoptés - bien qu'elle aurait voulu les garder. Lorsque sa fille Giulia est née, Rosaria faisait chaque jour quinze kilomètres à pied pour voir, à travers une vitre, la petite qui attendait d'être adoptée. A l'époque, les journaux s'en étaient beaucoup souciés. Aujourd'hui Rosaria, oubliée de tous, a 31 ans et vit dans une maison de repos pour personnes âgées où elle a été placée contre sa volonté. | |
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