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une interview:

Françoise Masset
épouse de Jean-Pierre Masset, ambassadeur de France au Danemark

Pour Françoise Masset, épouse de Jean-Pierre Masset, ambassadeur de France au Danemark depuis presque deux ans, apprendre la langue du pays dans lequel elle vit n'est pas chose nouvelle. C'est ainsi que lors de ses séjours à l'étranger elle a appris le russe ou le persan… Madame Masset a bien voulu nous accorder une interview. Elle nous y parle des Danois et de leur langue, mais aussi du rôle joué par une femme d'ambassadeur, rôle qui est loin de se résumer à des mondanités

Vous vous êtes engagée dans un projet ambitieux, ainsi que votre mari d'ailleurs, celui d'apprendre le danois, pourquoi cela ?
C'est un peu mon chant du cygne car, selon toute vraisemblance, c'est le dernier poste que mon mari aura à l'étranger, et donc je profite une dernière fois de la possibilité qui m'est offerte d'apprendre la langue du pays où nous sommes. Et j'avoue que cela me plaît beaucoup!

La langue danoise vous pose-t-elle des problèmes?
Bien sûr car c'est une langue difficile, mais avec l'aide de l'anglais et de l'allemand, le vocabulaire est plus facile à saisir. Là où il y a un vrai problème, c'est en ce qui concerne la compréhension, quand les Danois me parlent ou parlent entre eux. A ce propos je me suis aperçue qu'il m'était beaucoup plus facile de comprendre les gens du Nord du Jutland, est-ce parce qu'ils parlent plus lentement, ou qu'ils articulent mieux, je ne sais pas….

Est-ce que vous vous faites plaisir en apprenant la langue du pays, en l'occurrence le danois, ou est-ce cela fait partie de votre rôle de femme d'ambassadeur? Quelle satisfaction pouvez-vous en retirer ?
Il y a une part de plaisir personnel, bien sûr, et en même temps, mon mari l'apprenant aussi, c'est une manière de se soutenir mutuellement . Et cette fois-ci comme nous ne prenons pas des cours ensemble, cela donne lieu à une très saine compétition entre nous! Mais je crois que j'arrive peu à peu à un stade où cet apprentissage m'apporte une grande joie personnelle, car c'est un peu un capital de sympathie que je suis entrain de constituer. Je l'ai constaté récemment à la banque, où le directeur est allé demander au caissier de faire une opération pour moi, et il a ajouté: "Madame Masset parle danois", ce qui est beaucoup dire, mais j'ai vu tous les visages se tourner vers moi avec un grand sourire. Visiblement, c'est quelque chose qui touche les Danois.

Quel regard portez-vous sur la société danoise après presque deux ans de séjour?
C'est à la fois un regard plein de sympathie et d'étonnement. D'étonnement parce que j'avais imaginé les Danois comme des Germaniques du Nord, et ce n'est pas du tout cela. C'est un société d'une très grande originalité. Il y a un énorme contraste entre conformisme et laisser-aller. Prenez par exemple le fait de devenir bachelier. La remise des casquettes aux bacheliers témoigne d'un grand respect des traditions, en même temps c'est le prétexte à des fêtes assez débridées, il faut bien le dire. Le fait que ces bacheliers viennent faire la farandole autour de la statue de Christian V à Kongens Nytorv où, entre parenthèses, il me semble qu'il se passe toujours quelque chose d'amusant et d'inattendu, témoigne à mon avis de ce mélange entre un profond respect des traditions et une très grande décontraction. C'est quelque chose que nous ne savons plus faire en France. Nous avons perdu beaucoup de traditions car je crois que les Français sont devenus beaucoup trop individualistes pour cela. Ces bacheliers danois ont l'intention de se retrouver, de créer une amicale etc…Cela montre que les Danois ont un fort sens de la collectivité, et cela me séduit beaucoup. Un autre phénomème qui m'a frappé, c'est la proportion de Danoises qui travaillent; elle est certainement supérieure au pourcentage de Francais dans la population active de mon pays.

Vous sentez-vous proche des femmes danoises ?
Je dirais que, pour l'heure, je me sens plutôt proche de "l'être danois", et cela beaucoup plus que je ne l'aurais imaginé. En ce qui concerne les femmes danoises, je ne les connais pas encore assez pour pouvoir répondre. Mais je me sens proche des Danois, et cela a été immédiat, peut-être du fait de ce mélange de respect des traditions et de décontraction dont nous parlions plus haut. C'est un phénomène qui m'a beaucoup séduit.

Y-a-t-il des choses qui vous irritent?
Oui, mais il s'agit plutôt de détails. Par exemple que l'on me lâche la porte au nez dans un magasin! Cela m'est arrivé souvent, et comme les portes danoises sont lourdes, cela n'est pas forcèment très agréable.

Votre formation d'historienne, alliée au fait que vous avez beaucoup voyagé, tout cela vous donne-t-il un avantage pour observer et juger une société ?
Oui un avantage réel, cela me permet d'établir des comparaisons entre ce que je vois aujourd'hui et ce que je sais du passé et cela me permet de comprendre la continuité entre plusieurs faits de société. Cela renforce également mon intérêt envers le pays dans lequel je me trouve et comme les Danois chérissent leur histoire, c'est aussi une manière supplémentaire d'entrer en contact avec eux.

Les Danois sont-ils nationalistes?
Non. A mon avis il s'agit plutôt de patriotisme, et c'est très estimable. Je les crois au moins aussi patriotes que les Français. Cela se voit dans de nombreux détails: Voyez le nombre de drapeaux danois qui flottent un peu partout, ou l'accueil enthousiaste qui est réservé à la famille royale. Il s'agit d'un véritable amour.

Qu'est ce que le Danemark peut apporter à la France?
J'aimerais qu'en France il y ait le même pourcentage de musées par habitant qu'au Danemark! Le goût qu'ont les Danois pour la culture est étonnant. Je constate d'ailleurs qu'il y a un très grand nombre de manifestations culturelles où la France est fortement représentée.

Et inversement?
Vous savez, en fait, j'aimerais plutôt voir une influence danoise se faire en France, justement à cause de ce goût pour la culture qui existe ici.

Comment faire?
Il y a eu par le passé des expositions Paris-Berlin, Paris-Moscou…

Je sens que vous avez un projet…
Pas encore, c'est beaucoup trop tôt. Je dirais plutôt des idées, sans savoir si elles sont réalisables…On peut aussi imaginer des jumelages de ville, ou un développement des échanges entre jeunes. Une de nos petites-filles, alors agée de 14 ans nous avait accompagnés au Jutland où nous rendions visite, entre autres, au Consul Honoraire de France à Frederikshavn;ce consul a deux enfants du même âge que certains de nos petits-enfants. Au retour, Mathilde a eu spontanément l'idée de prolonger cette visite par un échange. Mais il faut bien savoir qu'un tel échange n'a qu'un intérêt linguistique limité pour les Français, qui en général préfèrent faire des échanges avec des anglophones, pour apprendre l'anglais. Il faudrait donc se situer plus sur un plan culturel que linguistique . Mais vous savez ce sont uniquement mes idées à moi, je serais bien incapable de savoir comment les réaliser!

Le rôle d'une épouse d'ambassadeur est-il entrain de changer ?
Oui, d'autant plus que le Ministère français des Affaires Etrangères a invité les conjoints des ambassadeurs en poste à l'étranger à participer à deux jours de réflexion au moment où les ambassadeurs eux-mêmes se réunissent. Nous avons pu participer ainsi à plusieurs tables rondes, notamment sur le rôle du conjoint. Mon expérience en la matière, puisque voilà 38 ans que mon mari fait ce métier, et voilà donc 38 ans que je mène cette vie, me permet d'exprimer mon opinion, en espérant que cela changera des choses pour certaines épouses d'ambassadeur…

Il y a peu de femmes ambassadeurs…
Cela aussi change, et puis il y en a, et à ce propos on aimerait d'ailleurs utiliser le mot ambassadrice pour les femmes chefs de poste, et non pas comme avant pour désigner la femme de l'ambassadeur. Mais j'en reviens à mon rôle, en fait il s'agit pour moi de diriger l'intendance d'une maison, et cela revient à diriger une véritable petite entreprise. Le nombre de tâches est extrèmement varié. Cela va de la visite officielle du Premier Ministre à la préparation de la fête nationale. Je prends ces deux exemples car ils sont récents. Il faut savoir organiser, travailler en équipe, c'est un vrai travail. Cela me prend environ la moitié de mon temps et je pense que cela en vaut vraiment la peine.

Est-ce que les ambassadeurs ont encore un rôle à jouer dans le monde d'aujourdhui? Les chefs d'état se rencontrent souvent, ce qui crée des liens entre eux, et puis en définitive beaucoup de choses se décident dans des instances internationales…
Un ambassadeur doit se faire l'écho de ce qui se passe dans le pays où il se trouve. L'intérêt principal est en fait celui des relations humaines, des contacts personnels. Je crois qu'un souvenir personnel illustrera mieux ce que je veux dire: En Iran nous avons rencontré mon mari et moi l'ambassadeur d'un tout petit pays dont l'indépendance est très récente. Eh bien son influence dans le milieu diplomatique était impressionnante. Et cela par son attitude, ainsi que celle de sa femme d'ailleurs, par la façon dont ils savaient recevoir, par leur participation à des activités collectives ou des oeuvres caritatives. Le contact personnel me semble essentiel et dans ce sens un ambassadeur joue un rôle important. Et une ambassadrice également…

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