La Belgique, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n'a que 180 ans d'existence.
Le 3 octobre 1830, le gouvernement provisoire, né des troubles révolutionnaires des mois d'août et septembre, proclame l'indépendance des Provinces du sud des Pays-Bas qui formeront le nouveau pays. La nouvelle constitution est adoptée le 7 février 1831. Après quelques tergiversations, le choix du futur souverain se porte sur le prince Léopold de Saxe-Cobourg. Celui-ci est élu roi des Belges, par le Congrès, le 4 juin. Il prête serment le 21 juillet 1831.
Le jeune état ne dispose d'aucun établissement d'enseignement vétérinaire, ce qui ne signifie nullement qu'il n'y ait pas d'artistes-vétérinaires dans le pays. Rien qu'à Bruxelles, qui compte 103.000 habitants en 1830, on en recense déja neuf (1). Pourtant la Belgique a besoin de vétérinaires, d'une part pour l'armée mais d'autre part aussi pour aider les autorités à améliorer les races bovines et équines indigènes. Par ailleurs, la politique d'abattage systématique, contre rémunération, de bétail malade coûte très cher au Trésor Publique et sensibilise les responsables de l'Etat à recourir à plus de médecine préventive et curative(2).
Auparavant les candidats se formaient soit à l'Ecole d'Alfort soit à l'école d'Utrecht. En effet, durant la deuxième moitié du dix-huitième siècle un nombre impressionnant d'institutions d'enseignement vétérinaire virent le jour à la suite de la création de la première Ecole Vétérinaire, par Bourgelat, à Lyon en 1763. La séparation d'avec les Pays-Bas empêche l'accès de candidats belges à l'Ecole d'Utrecht quant à la scolarisation à l'Ecole d'Alfort le coût des étude dépasse souvent les moyens financiers des candidats.
Dès le mois de septembre 1831, Philippe Lesbroussart, administrateur-général de l’instruction publique, propose, dans son projet de Loi destiné à réorganiser l’enseignement en Belgique, de créer une école vétérinaire à Tervueren près de Bruxelles (3). L’endroit lui semble opportun car il y existe déjà un Haras. Ce projet n'aboutira pas.
Cependant, dès les premières années suivant l'indépendance, deux établissements privés enseignant la médecine vétérinaire voient le jour à l'initiative d'André-Joseph Brogniez (à Binche) et de Pierre-Antoine Pétry (à Liège). L'enseignement s'y limite, au départ, probablement à une série de cours particuliers. Brogniez cessera d'ailleurs cette activité, en 1832, pour venir à Bruxelles afin d'y enseigner à la nouvelle Ecole d'Economie Rurale et Vétérinaire. Par contre l'école de Liège se maintient et progresse même (2).
En attendant la création d'une Ecole vétérinaire officielle et dans le but de pallier au manque de vétérinaires en Belgique, un Arrêté Royal du 31 août 1831 (sur proposition du Ministre de l'Intérieur ad Interim T. Teichmann) crée une "Commission d'examinateurs pour ceux qui désirent exercer l'art vétérinaire". Il sagit d'un jury habilité pour examiner les étudiants qui se présentent afin d'être admis à exercer l'art vétérinaire en Belgique, et pour délivrer les diplômes. Ce jury compte 5 membres : un médecin, un chirurgien et trois artistes-vétérinaires. Il est nommé par le Ministre de l'Intérieur (4).
Certains membres de ce jury envisagent de créer une Ecole vétérinaire à Bruxelles à condition que l'Etat leur fournisse des subsides suffisants. Il s'agit des Drs. Pierre-Joseph Graux et H-J Froidmont (5).
Le Dr.Pierre Joseph Graux est docteur en médecine et chirurgie, professeur à l'école d'Alfort, Professeur de zoologie, de physiologie et d'hygiène au Musée des Sciences et des Arts à Bruxelles et membre de l'Académie Royale de Médecine. C'est un homme de tendance résolument libérale qui avec Auguste Baron, Adolphe Quetelet et Louis Seutin, essaye, dès 1831 de participer à la reconstruction de l'enseignement supérieur en Belgique (6). Plus tard d'ailleurs, en 1834, il accompagnera la création de l'Ecole de Médecine de la toute nouvelle Université Libre de Bruxelles, dont il deviendra le premier professeur d'anatomie.
L'école d'Economie Rurale et Vétérinaire est subsidiée par l'Etat et un Commissaire, nommé par le Gouvernement, veille à la bonne utilisation des crédits alloués. Elle s'installe dans un ancien manège situé, dans le centre de Bruxelles, entre la Place Royale et la Grand-Place, à la rue Ter Arken, proche de la rue des Douze Apôtres.

Voyez aussi le plan de Bruxelles 1837 (Brussels. Drawn by W.B. Clarke, Archt. (London: Chapman & Hall, 1844)

L'inscription aux cours se faisait directement chez le docteur Graux qui habitait à l'époque au n°18, rue d'Assaut. Les élèves doivent avoir 16 ans révolus et doivent, par ailleurs, avant d'être admis à suivre les cours, passer un examen de français, de calcul élémentaire,d'histoire et de géographie.
D'emblée l'établissement vise un enseignement de qualité. Les cours y sont donnés par : deux médecins (le Dr.Graux et le Dr.Froidmont), quatre vétérinaires de 1ière classe qui sont tous d'ex-répétiteurs à l'Ecole d'Alfort (Graux, Crevecoeur, Brogniez et Gaudy) et un professeur à l'Athénée Royal (Heger).
Le programme des cours et les attributions de chaires sont les suivants :
- Agronomie, éducation des animaux domestiques , hygiène , haras, équitation. Professeur : Crevecœur
- Zoologie , anatomie vétérinaire et comparée. Professeur : Graux
- Physique appliquée à l'économie animale et chimie : Froidmont
- Pathologie interne, épizooties typbus, matière médicale, thérapeutique et toxicologie : Delwarte
- Pathologie externe , manuel opératoire , maréchallerie , exterieur des animaux domestiques : Brogniez
- Langues , mathématiques , géographie, histoire nationale , chimie appliquée à l'agriculture : Heger
- Médecine légale , pharmacie et botanique , chimie agricole ou l'art du distillateur : Gaudy
Les cours débutent pour la première fois le 12 novembre 1832 (7).
La création de cette école à Bruxelles n'empêche pas la poursuite des activités de l'école liégoise. Cette dernière s'installe en 1835 à Sainte-Agathe au Faubourg Saint Laurent. Les cours sont du même niveau que ceux donnés à Bruxelles (8):
- Anatomie de l'homme et des animaux domestiques :
- Pathologie et thérapeutique générale : Lombard (Prof.à l'Université)
- Anatomie générale et topographique , physiologie expérimentale : Dr.Phillips
- Zoologie, hygiène extérieur des animaux domestiques, médecine préparatoire : Petry (Vétérinaire)
- Accouchements, médecine légale, pathologie spéciale : Everts (Vétérinaire)
- Éléments de physique, chimie pharmaceutique, botanique, matière médicale : Davreux (Pharmacien)
- Clinique, ferrure, pathologie théorique : Petry et Everts
- Langue française et flamande, histoire, géographie, mathématiques : Wurth (Docteur en Sciences)
- Chef des travaux anatomiques : Depas (chirurgien)
- Équitation : Carbillet fils
En 1834, de nouveaux locaux pour l'Ecole d'Economie Rurale et Vétérinaire de Bruxelles, incluant un manège, sont en cours d'amménagement au Boulevard de l'Observatoire (correspondant actuellement au Boulevard Bischoffsheim).
En mai 1836, l'école de Bruxelles est totalement prise en charge par l'Etat. Le Ministre de Theux acquiert des terrains à Cureghem-lez-Bruxelles. Cette propriété appartient à Mrs. Lyon et Vanhoegaerden (9). Le terrain est déja bâti, mais des adaptations et de nouvelles constructions sont nécessaire. Le montant du budget alloué par l'Etat pour réaliser l'achat et les aménagements est de 130.000 francs (10).
L'Institution devient l'Ecole de Médecine Vétérinaire et d'Agriculture de l'Etat.
Cette délocalisation s'imposait car il n'était pas concevable de maintenir les locaux de l'école vétérinaire en plein centre de Bruxelles. Il fallait trouver un lieu plus propice; proche de la campagne mais pas trop éloigné tout de même de la ville.
En 1835, en effet, la superficie de la ville de Bruxelles se limitait au pentagone actuel ceinturé par de grands boulevards construits sur le tracé de l'ancienne deuxième enceinte médiévale. Le terrain choisi pour installer l'école est adjacent au Boulevard de Hal. L'endroit n'est pratiquement pas urbanisé. Plus loin, au-delà de la Porte d'Anderlecht, se trouve l'abattoire.
Cependant le choix de ce terrain se révèlera peu judicieux car il est bordé d'un coté par la Senne et dans le fond il est limité par la coupure de la Petite Senne. C'est un endroit particulièrement humide et régulièrement inondé.
Entre 1832 et 1839, deux écoles vétérinaires coexistent donc en Belgique. Cependant l'école vétérinaire de Liège n'arrive pas à faire reconnaître ses diplômes. A la Chambre des Représentants, lors de sessions de débâts en 1836, il est même question de favoritisme au bénéfice de l'Ecole de Bruxelles. Les membres de la Commission d'examen ne sont-ils pas tous enseignants à cette même école ? L'Etat ne veut-il pas favoriser son école ?Par manque de subsides l'Ecole Vétérinaire de Liège disparaît en 1839 (2).
A suivre .....
Références :
(6) J-M. Dufays, M. Goldberg, Dictionnaire historique de la Laîcité en Belgique, 274.
(7) Almanach de la Cour et de la Ville pour l'année 1834 (Bruxelles), 103 et 119-120
(8) Almanach Royal et du commerce de Belgique pour l'an 1838 (Bruxelles), 324